Les Investissements directs étrangers : un effet inducteur de croissance

Les investissements directs étrangers (IDE) ont connu un essor mondial à partir des années 1980. Au cours de la période 1985-90, les flux d’IDE « entrants » et « sortants » ont quadruplé en valeur, passant de 50 à 200 milliards de dollars courants. Leur évolution n’a eu de cesse d’être croissante jusqu’à ce jour à l’exception de deux périodes de crises. En 2000-2003 avec l’éclatement de la bulle Internet puis en 2008-2009 en conséquence de la crise dite des « subprimes ».


Cet essor mondial des échanges et des IDE s’est conjugué avec l’ouverture aux échanges internationaux de nombre de pays appelés  aujourd’hui « pays émergents » en provenance d’Asie, d’Amérique latine voire d’Afrique ; les IDE étant apparus dans ce rapport comme les éléments structurels d’une économie de marché ouverte arrivée à maturité. Dès lors, l’entrée sur le marché mondial des « pays émergents » a permis un accroissement et une diversification des IDE mais aussi une exacerbation de la concurrence provoquant, par un effet de balancier au niveau mondial, une baisse des IDE « entrants » en Europe.

 

S’il convient de ne pas considérer l’Europe ou les membres de la zone euro comme un seul bloc ; la réduction des IDE « entrants » en France au cours des dernières années nous est apparue comme  une caractéristique de l’évolution mondiale du commerce et de l’évolution de l’attractivité des économies européennes longtemps demeurées les premières destinations des IDE en recueillant 1/3 des IDE mondiaux « entrants ».

 

Même si la France a toujours été une terre d’accueil des IDE, dans ce nouveau contexte économique mondial, l’attractivité française a tendance à souffrir de cette concurrence. Quelques 20 000 entreprises sont contrôlées par des groupes ou des intérêts étrangers et emploient 12% des salariés. Malgré la crise et une dispersion des IDE, la France a réussi à maintenir cette tradition. Selon les statistiques de la balance des paiements de la Banque de France, les flux « entrants » d’IDE en 2013 sont restés stables et même en très légère progression. Leurs montants s’élevaient à 12,7 milliards d’euros contre 12,3 milliards en 2012. Mais sur une plus longue période, on a pu constater que les IDE « entrants » en France dépassaient annuellement les 20 milliards d’euros en 2008 ; 2009 et 2011.  

 

Les IDE sont des facteurs essentiels à la dynamique économique d’un pays. Les études économiques montrent le lien entre les IDE et la croissance économique d’un pays ou d’une zone grâce au développement d’activités nouvellement implantées ou relancées. Si ces IDE « entrants » sont des acteurs indispensables à la bonne santé économique d’un pays, le caractère multiforme de ces IDE, identifié lors de l’élaboration de ce rapport, invite tout de même à la prudence.

 

Dans leur grande majorité, les IDE sont des investissements vertueux, productifs, tels que Toyota ou Mars Food par exemple pour lesquels il est essentiel, de la part des pouvoirs publics, de créer des conditions favorables à leur accueil. Conformément à l’adage d’Helmut Schmidt, « les investissements d'aujourd'hui sont les profits de demain et les emplois d'après demain », on a pu voir que le développement de ce type d’IDE - représentés notamment par Toyota ou Mars Food rencontrés lors d’auditions réalisées dans le cadre de l’élaboration de ce rapport - ont favorisé, par un effet d’entrainement, la création de richesse et d’emplois tout comme l’innovation en France ; nous conduisant à penser la possible existence d’un « effet multiplicateur » généré par ces investissements.

 

Toute leur place doit donc être faite à ces IDE sans pour autant oublier les enjeux liés aux secteurs stratégiques tels que ceux identifiés dans les 34 plans de relance de la Nouvelle France Industrielle lancés en septembre 2013 par Arnaud Montebourg pour lesquels il convient de mettre en place des règles de « filtrage » voire de « contrôle » pour satisfaire à nos impératifs de compétitivité et de souveraineté.

 

Néanmoins, s’il existe des IDE productifs, il faut rester vigilent vis à vis de certains IDE que nous qualifieront « d’opportunistes » dont les objectifs sont bien moins productifs que spéculatifs et dont les conséquences en termes d’emplois peuvent être catastrophiques pour notre pays comme ont pu le prouver les trop nombreux exemples ayant fait l’actualité au cours des dernières années.

 

Nos territoires, en fonction de leur histoire ou de leur démographie voire de leur positionnement géographique, ont montré au cours de notre mission d’information qu’ils disposent d’atouts pour accueillir des IDE. Afin de bénéficier des « effets multiplicateurs » des IDE, sans être pour autant naïve, la France doit mener une réelle politique d’accueil et d’exportation des IDE et la conduire avec détermination. Une meilleure communication, une valorisation de nos territoires, de nos infrastructures et de notre main d’œuvre ou notre innovation mais également la création d’écosystèmes propices à l’accueil des IDE sont autant d’actions que nous avons pu identifier et qui doivent être menées.

 

Les entreprises françaises ont aussi le devoir d’investir à l’étranger pour aider notre pays à retrouver toute sa compétitivité. Les activités industrielles et de services liées à ces IDE participent désormais à des chaînes de valeur à vocation mondiale. Ces chaînes de valeur mondiales obligent à l’adaptation de la France et de ses entreprises. Si l’on veut que les apports de ces IDE productifs soient réels, nos entreprises doivent s’y agréger afin de mieux s’insérer elles aussi dans ces chaînes de valeur mondiales. Il conviendra alors pour notre pays et ses entreprises d’agir plus amplement dans la réciprocité en développant leurs investissements à l’étranger – notamment dans les pays émergents - à l’image de Renault qui vient d’ouvrir une usine à Oran ou de Toyota venue produire en France ; toutes deux ayant pour but de fabriquer des modèles de véhicules destinés aux marchés locaux.

 

Ce rapport entend modestement contribuer à donner une image plus juste de notre pays trop souvent vu comme insuffisamment attractif et économique, à l’étranger comme en France, et son rapporteur espère que les propositions évoquées contribueront à un développement des IDE « entrants » et « sortants » afin que la France s’insère mieux dans la dynamique économique mondiale actuelle.

La presse en parle...




Booster l’économie


La France a-t-elle connu en 2013 un effondrement de 80% des investissements étrangers sur son sol comme l’a affirmé la CNUCED (conférence des Nations unies pour le commerce et le développement)? Non répond le rapport parlementaire présenté mardi par Philippe Kemel député PS du Pas-de-Calais. Celui-ci se réfère aux statistiques de la banque de France qui affichent 19,7mds en 2013 contre 12,3 en 2012! La France reste à la 4e place mondiale pour les investissements étrangers (hors investissements financiers) derrière les États-Unis, le Royaume-Uni et Hong Kong mais devant l’Allemagne! 20000 entreprises qui emploient 12% des salariés français sous pavillons européens, américain et japonais principalement.


Selon Philippe Kemel, les investisseurs auditionnés sont unanimes pour louer les infrastructures et la logistique, ou encore le crédit impôt recherche unique au monde. Personne, dit-il, pour se plaindre des 35 heures ou de l’impôt sur les sociétés! Avec le CICE et l’exonération de charges au 1er janvier, la compétitivité française devrait regagner des points.


Comment améliorer l’attractivité du territoire? Alors que la nouvelle organisation territoriale arrive bientôt en débat à l’Assemblée, Philippe Kemel plaide pour «conférer explicitement aux régions» les compétences pour la promotion et la valorisation des territoires. Car plus que des coûts salariaux et du temps de travail, les investisseurs étrangers se plaignent de la multiplicité des acteurs intervenant sur un dossier d’investissement!